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Un blog sur la nourriture et l'aventure

La vieille vaisselle ne meurt jamais

La passion des ustensiles de cuisine est une addiction bien rependue. Cafetière à percolation émaillée, marmite en fonte, casse-noisette en laiton, porcelaine anglaise, presse-purée, assiette à poisson, beurrier, pot à miel, à épices, à moutarde… Il reste toujours à la maison une petite place pour quelque chose de nouveau, vieux de dizaines d’années.

Tout à côté de la maison qui m’accueillait à San Francisco, dans le quartier de Lower Haight, j’ai poussé la porte d’une caverne aux trésors : des montagnes d’assiettes à dessert et de moules à gâteaux, de pots à lait et de pinces à escargot. Bienvenue chez Cookin’, en mots uniquement car je n’ai pu prendre aucune photo digne de s’afficher sous vos yeux !

 

La boutique de Judy, se situe au 337 Divisadero St. La vitrine donne le ton : monticule foutraque d’objets de cuisine, connus ou mystérieux. Je suis rentrée chez Cookin’ comme on rentre dans un musée. Un musée, en moins rangé. Pyramides au sol, grandes tables à rallonges, étagères aux murs et crochets au plafond, l’espace est entièrement saturé de vaisselle et d’accessoires posés ou suspendus. J’ai laissé mon sac dans un coin de la boutique. Les allées sont étroites et je m’imaginais très bien accrocher par mégarde le manche d’une poêle à marrons et emporter avec moi un service à orangeade en cristal de Baccarat. Beaucoup de choses ici viennent d’Europe. Tout ce qui est vieux en Amérique vient d’Europe !

Les premières minutes d’observation donnent l’impression qu’il sera impossible de se repérer dans cet enchevêtrement. Mais rapidement une organisation se dessine : la table des tasses à thé, l’armoire des bols à café, l’étagère des cuillères à cocktails, le coin des plats à gratins. Pour quelqu’un qui comme moi apprécie ce type d’objet, c’est le paradis des merveilles. Je souriais en marchant comme le ravi de la crèche à la kermesse.

Les Platokaolinophiles empillent les assiettes anciennes. La bouteille d’alcool est pour l’Œnophiliste, mais si cette bouteille est miniature elle interessera davantgae le Buticulamicrophiliste. Ces mots sont plus barbares que la poésie qu’ils racontent. Pour moi, les collectionneurs sont des poètes. J’imagine qu’il faut beaucoup de beauté dans le coeur pour collectionner les moules à madeleine.

Trois caractéristiques définissent la vaisselle ancienne et chaque caractéristique à elle seule peut être source de passion :

  • c’est ancien et c’est donc merveilleux
  • c’est de l’art, dit « de la table » et a donc souvent à voir avec la beauté
  • cela concerne la cuisine, donc l’humain et la magie

Voici ce qui apparaît dans mon esprit comme un tableau, une image belle et pure. Il faut une table en bois. Dessus serait posés un fromage de chèvre et une grappe de raisins dans une assiette en faïence bleue de Delft. Une miche de pain sur un torchon brodé, un couteau à dents. Il y a d’autres assiettes, des couverts et de la verrerie. Tout ceci n’est pas que pour la photographie : des gens ici vont manger ensemble. Je crois que tout cela explique pourquoi je me régale d’Instagram, sans trop de mise en scène. De l’instant, en somme.

J’aimerais savoir ce que chacun de ces ustensiles a à dire de ce qu’il a vu ou entendu. Cette cuillère à café connaît les histoires et secrets qui se sont murmurés un soir dans la cuisine d’une maison en briques de Davenport. Cette plaque de cuisson connaît par cœur la recette des petits pains au lait battu que l’on prépare à Oklahoma City. Le plat à huître regrette que l’on ai vendu le bateau de grand-père et qu’on ne se régale plus de fruits de mer au large de Notleys Landing. J’aimerais tellement que les objets puissent parler, raconter ces histoires des cuisines.

Ici à Paris, j’aime me rendre aux puces de Saint Ouen et plus précisement au marché Vernaison chez un marchand qui ne vend que des cafetières et des moulins à café. Mais tout est diablement cher. Pour acheter quelque chose, je préfère les puces de Montreuil qui permettent encore de fouiller dans des cartons et de trouver de l’invraisemblable à prix dérisoire. Comme je me regrette cette marmite à poisson bleu électrique. Mais mon appartement est parisien, donc déjà saturé ! Pourtant, cette poissonnière aurait fait une bien belle jardinière, sur le balcon.

Je vous conseille aussi le site Vaisselle Vintage, boutique parisienne qui propose la location de vieux services superbes. Leurs photos sont très jolies qui plus est.
Sinon, rien de mieux que les vides-greniers et le Bon Coin. On a tellement de chance de vivre dans un si vieux pays qui aime tant manger !

 

 

 

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