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Le blog d'une cyberfromagère

Être fromagère hors fromagerie

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Ma vie de fromagère aura été une période professionnelle riche en rebondissements. Jeudi 30 juin, je quitte la fromagerie.

C’est la dernière semaine, et il faut dire au revoir aux clients. C’est difficile, je suis attachée. J’ai toujours mis du cœur dans ce lien aux consommateurs et aux fournisseurs, alors mes journées sont en ce moment faites de beaucoup de petits au-revoir.

Quand j’annonce mon départ, on me demande soit pourquoi, soit pour quoi faire. Alors, les jours passants, mes réponses sont devenues plus claires, à force de formulation.

Au pourquoi, je réponds plus ou moins comme cela: je me suis reconvertie dans le fromage il y a trois ans. J’aime travailler ce produit et je suis heureuse de tout le savoir acquis. Malheureusement, le rythme de travail d’une boutique est devenu pour moi un frein à mon enrichissement, à ma vie personnelle, sociale, intellectuelle et artistique. Je travaille tous les samedis. Les soirs de semaine, je rentre chez moi entre 21h15 et 21h30. Certains le vivent très bien, certains travaillent même le dimanche. Personnellement, c’est un rythme que je trouve aujourd’hui incompatible avec l’envie de me réaliser de façon globale, au delà du professionnel.
Le commerce est un vrai sacerdoce, qui heureusement convient à beaucoup. Moi, je n’y arrivais plus. Rentrer chez moi pour manger et me coucher a donné beaucoup de paresse à ma tête. N’avoir pas de week-end et rater toujours les belles occasions (familiales, amicales) a donné moins de richesse à ma vie. Être toujours seule mes jours de repos hors dimanche m’a lassé et j’ai moins profité du foisonnement parisien. Je ne suis pas de ceux qui pensent qui le travail est le cœur de la vie. Il est facile d’en parler aux clients, mais plus difficile de le formuler pour des gens qui comme moi, sont commerçants. Je ne veux donner l’impression de juger ce mode de travail. Je connais beaucoup de professionnels pour qui ce rythme est un épanouissement et qui ne désirent pour rien en changer. Je ne juge personne sauf moi.

Au pour quoi faire, je réponds plus ou moins comme cela: on va laisser le temps au temps. C’est la forme qui ne me convient pas, pas le fond. J’aime être professionnelle du fromage, c’est passionnant et j’aime le produit que je travaille. Alors, il va falloir dans un premier temps digérer le fait que je ne vais plus couper du Comté tous les jours, recevoir du Persillé de Tignes, verser de la crème dans des pots de verre, sentir l’odeur enivrante du Camembert… C’est une forme de deuil, et il faut déjà que je l’accepte.
Laisser le temps au temps, c’est aussi pour moi l’occasion de voyager. Je pars en Amérique, à la découverte d’une littérature qui me nourrit depuis des années mais aussi à la découverte de ce qui s’y fait en matière de fromage. J’ai besoin d’ouvrir mes yeux et de sortir du petit tunnel enfermant de ce rythme vélo-boulot-dodo.

C’est un choix de vie et je sais déjà qu’il ne sera pas toujours compris. Parce que le travail est omniprésent, et refuser d’y laisser toute la place revient pour certains à de l’inconscience ou un manque de maturité. J’ai déjà eu à affronter cela lorsque j’ai décidé de devenir fromagère en quittant la communication. J’avais de bonnes places et j’ai accepté de gagner deux fois moins pour trouver plus de sens à ce qui fait 9h d’une journée de 24. C’est juste ainsi que je considère la vie. Je crois que ces choses du travail ne peuvent prendre toute la place. Je sais ce qu’un livre, une page d’écriture, une rencontre, un échange, un paysage, un producteur, un artiste, un animal peut m’apporter d’ouverture sur le monde et de compréhension de ce qui s’y passe. Je ne crois plus à la richesse par le productivisme uniquement et j’aimerais que ce qui n’est pas du travail ne rentre pas obligatoirement dans la case de l’oisiveté.

J’ai beaucoup d’idées et de pistes pour la suite. Aujourd’hui, je dois juste prendre le temps de recharger les batteries, parce que c’est épuisant de remettre son existence en question ! Vraiment ! J’ai rencontré, dans le monde du fromage, beaucoup de personnes passionnées auprès de qui ma route continue dans cet univers. J’espère réussir ce que j’entreprends actuellement, même si j’ai conscience des risques. Ne vivons-nous pas qu’une seule fois ? Alors vivons cent vies. Il faut se donner le temps et la force de faire les choses à sa façon.

Après avoir quitté le monde de la Communication, je découvre l’univers de la Fromagerie en tant que crémière-fromagère à Paris durant 3 ans. Aujourd’hui à mon compte, j’écris et je communique sur le fromage et l’art culinaire en général.

4 thoughts on “Être fromagère hors fromagerie

Bonjour, je découvre votre blog avec cet article : merci pour ce témoignage émouvant et sans fard sur les choix de vie et les reconversions. Coach carrière, c’est une thématique qui m’inspire (cf. ateliers en lien). Je suivrai avec curiosité la suite de vos aventures, d’ici là bonne recharge de batterie et bonne route !

Du coup je ne commencerai plus mes samedis avec vous – merci en tout cas d’avoir aidé ma fille dans la découverte du “cheese”, bon courage pour la suite!

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