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Devenir végétarien, c’est un peu comme quitter Facebook

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Je ne mange plus ni viande ni poisson depuis avril 2014. Je n’ai jamais vraiment écrit sur le sujet, car il est complexe, personnel et également miné. Une discussion sur le végétarisme n’est jamais totalement dépassionnée. Je n’ai pas toujours su, surtout au début, comment répondre aux questions et comment me comporter lors de ces échanges.

J’ai longtemps pensé que le végétarisme était quelque chose de très personnel et j’ai bien vite compris que ce n’était pas du tout le cas.

Lorsque je dis de façon totalement informative: “je ne mange ni viande ni poisson”, étrange est la proportion de gens qui entendent alors sortir de ma bouche “je te juge, toi, mangeur d’animaux”. Le simple fait d’énoncer ma propre façon de me nourrir n’entraîne jamais de réaction entièrement neutre qui prendrait l’information juste pour ce qu’elle est. Être végétarien, c’est un peu comme ne pas avoir Facebook: cela ouvre nécessairement le débat, crée un décalage, dit des choses de celui qui le fait, interroge celui qui ne le fait pas. Pour ma part je suis végétarienne et j’ai quitté Facebook à titre personnel: paria !

Je ne sais pas toujours comment répondre au “pourquoi es-tu végétarienne ?“. Je n’en ai pas toujours envie non plus. Pourtant, j’ai compris avec le temps qu’il y avait pour moi comme un devoir de réponse. Je ne parle pas d’obligation, de nécessité de se justifier, mais j’ai dans l’esprit qu’une personne qui s’interroge sur mon végétarisme, c’est déjà une petite ouverture et un pas vers moi. J’essaie alors de trouver les mots qui permettent un échange et qui ne donnent pas de leçon. C’est parfois difficile. Parfois inutile.

L’attention que les gens portent au végétarisme de l’autre est intéressante. Lorsque je vais au restaurant, soyez certain que les personnes qui m’accompagnent regarderont en premier ce que je peux manger. C’est aussi touchant que systématique. J’ai parfois l’impression que c’est une façon pour l’autre de passer un bon repas, de ne pas se sentir gêné pour moi.

Je suis devenue végétarienne en raison du manque de confiance vis à vis de la viande qui était à ma disposition directe. J’ai parlé de cette suspicion face aux aliments dans un article nommé Je suis malbouphobique, en juin 2014. La problématique a évolué, s’est déportée en moi.

 

 

Quand j’ai arrêté de manger viande et poisson à la maison, j’avais en tête de continuer à en manger dans un restaurant qui me plairait, lors d’invitations ou lorsqu’une belle viande de qualité m’était proposée. Mais comme mon quotidien s’est trouvé dépourvu de viande, elle est devenue très lointaine et, naturellement, il fut un jour impossible pour moi d’en manger, quelque soit l’occasion. La viande et le poisson sont devenus petit à petit, et presque contre ma volonté, des non-aliments. Aujourd’hui, je suis incapable de manger une belle volaille, même sur la plus accueillante des tables. Au début, j’ai été en colère. Je me suis sentie piégée par mon propre végétarisme. J’étais fâchée, énervée d’avoir perdu le contrôle sur ma décision première. Et puis j’ai fini par me calmer et par comprendre ce qui se passait en moi.

Un jour, j’ai fait le lien entre viande et animaux, ça prend du temps et ça fait mal. J’ai compris qu’un poulet était un poulet. Je le savais, mais soudain je l’ai compris. Impossible à présent pour moi d’avaler une épaule de bœuf, un foie de veau, une cuisse de dinde, un poisson, entier. C’est terminé pour moi.

En tant que fromagère, je me questionne également sur l’obtention du lait de façon industrielle. J’ai la chance de pouvoir questionner cette démarche chaque jour et je m’efforce d’être rigoureuse à ce niveau là dans les produits que je conseille. Mais la question est extrêmement complexe et parfois opaque, même quand c’est votre métier. Mais cela sera pour un autre billet !

J’en reviens au végétarsime. Ce choix de vie est parfois difficile à assumer totalement dans la société dans laquelle nous vivons. Cela vaut aussi pour mon départ de Facebook d’ailleurs ! Mais je sais que c’est la voie qui me correspond physiquement, mentalement, moralement et même politiquement. Plus j’avance dans mon végétarisme face à la marche du monde, plus je sens que c’était la bonne décision. Je mange depuis que je suis née comme il m’a été indiqué qu’il fallait manger. Trente ans d’alimentation constituante de ce que je suis aujourd’hui, alors ce changement est un chemin personnel long et surprenant. Mais je vous invite vraiment tous à prendre le temps d’y réfléchir. Si vous avez lu cet article, c’est déjà que vous étiez prêts à lire des choses que vous auriez pu ne pas avoir envie de lire. Beaucoup ne se sentent pas du tout prêts à lire des articles sur le végétarisme et vont slalomer entre eux sur la toile. Je pense que votre chemin se dessine déjà peut-être un peu, même un tout petit sentier…

Après avoir quitté le monde de la Communication, je découvre l’univers de la Fromagerie en tant que crémière-fromagère à Paris durant 3 ans. Aujourd’hui à mon compte, j’écris et je communique sur le fromage et l’art culinaire en général.

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