ICONOFOOD


Un blog sur la nourriture et l'aventure

Je suis malbouphobique

Publié le
 http://debrieetdefureur.fr

de http://debrieetdefureur.fr

Travailler dans un métier de bouche aujourd’hui peut vouloir dire beaucoup de choses et parfois tout et son contraire. Je suis très perplexe quant à la distance qu’il y a entre le consommateur et la source de son alimentation. Pour moi, cette distance devrait être réduite grâce aux conseils des professionnels de ces métiers liés à la nourriture. Mais en parallèle, et avant même de se mettre en quête d’un professionnel capable de conseiller et de travailler en transparence sur la qualité de ses produits, il faut vouloir se poser les questions suivantes : qui a participé à l’élaboration de l’aliment que je vais consommer ? Quels métiers sont concernés ? Quelles zones géographiques ? Quelles matières premières et quels procédés de transformations ?

Il peut être effrayant de considérer cette sorte de confiance tacite qui lie le distributeur de nourriture et celui qui la mange. Accepter de nourrir son corps sans ne connaitre rien de ce qui va lui être administré. Je n’entends pas parler ici de la nécessité de créer une psychose autour de nos aliments, mais d’essayer de prendre le temps de réfléchir.

On va faire les courses ?

Je n’ai plus envie d’aller au supermarché et je n’ai plus envie de dîner aussi souvent qu’avant au restaurant. J’ai arrêté de manger de la viande et du poisson. Je suis écœurée par le débit de plats décongelés des restaurants parisiens. Je suis effrayée par la complexité des listes d’ingrédients des produits courants de consommation.
Malheureusement je n’ai aujourd’hui pas trouvé, sans y passer un temps beaucoup trop important, comment être satisfaite de la façon dont je consomme la nourriture. Opacité, manque de professionnalisme des vendeurs, manque de connaissance de ma part pour lire les étiquettes… flemme. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bons restaurants à Paris et ailleurs ou de bons professionnels. Je dis seulement que le commerce de la nourriture (et son industrialisation) dans sa très grande majorité me semble totalement déconnecté de nos corps et pris dans une folie de “c’est pas si important” qui fait froid dans le dos.

Je prends une rue commerçante et je compte le nombre de commerces liés à l’alimentation qu’elle compte. Je retire ensuite de cette liste les points d’alimentations en lesquels je n’ai pas confiance. Les fast-food de mauvaise qualité, les restaurants asiatiques qui proposent de la viande qui n’en est pas baignant dans du sirop de glucose, les brasseries qui décongèlent leur magret de canard rôti au miel en provenance directe de chez Métro. Que reste-t-il alors ? Où trouver la nourriture ?
Mais je peux évidement faire mes courses, et préparer moi-même tout cela si je n’ai pas confiance en la restauration. Mais que penser des Franprix, Monoprix, Carrefour Market et autres supermarchés de mon quartier ? Viandes produites en quantité astronomique et conditionnées entre une barquette de polystyrène et un film plastique. Millions de tonnes de laits produits pour achalander les milliers d’hypermarchés, supermarchés, maxi discounteurs ou hard discounteurs en laitages, yaourts, crèmes desserts, crème fraîche et beurre. Les fruits et légumes ? Pas toujours bio évidement et, même avec le label, ayant parcouru 9 000 kilomètres pour m’être vendu une poignée d’euros le kilos.
Bref, je ne sais plus où et quoi manger dans tout ça.

Non mais si tu veux tu peux

Quand je parle de cela autour de moi, beaucoup me répondent : non mais moi je vais chez mon boucher, mon fromager et chez mon maraîcher. Mon boucher traitant, mon fromager traitant, mon maraîcher traitant. Notons que très souvent ton commerçant est, heureux hasard de la vie citadine, le plus proche de ta maison ou de ton travail.
Pour être allée à Rungis, je n’accorde pas la même sympathie de proximité à tous les commerçants de nos quartiers.
Quelqu’un m’a dit un jour, justement à Rungis, la chose suivante : sais-tu quels sont les deux outils préférés du traiteur italien traditionnel ? Le cuter et l’ouvre-boîte. Alors bien évidement qu’il est encore possible de bien manger, mais c’est la vigilance dont il faut nécessairement faire preuve pour s’alimenter qui m’inquiète et la trop grosse majorité de points de ventes qui distribuent de la bouillie pour cochons maltraités.

Lassitude et lueur d’espoir dans le brouillard

Mais je n’ai pas de solution. Je tente de limiter la casse. Pour les produits d’utilité courante, je me réfugie derrière les labels bio sans être vraiment convaincue de leur pertinence. Je recherche les restaurants qui n’utilisent que des produits frais. Mais je brasse du vent. Je ne me sens pas épanouie dans mon alimentation, libre de pouvoir manger sans réfléchir. Je n’ai pas envie de devenir comme ces gens qui semblent lancer une investigation suspicieuse dès qu’ils interrogent un vendeur. Je voudrais juste ne pas avoir à y réfléchir. Je voudrais juste pouvoir avoir confiance. Je voudrais aussi, en tant que fromagère, qu’un client n’ait pas à se demande s’il peut me faire confiance ou non.

Si toi aussi tu es un commerçant parisien et que tu penses comme moi fais moi signe, je veux bien venir chez toi.

Après avoir quitté le monde de la Communication, je découvre l’univers de la Fromagerie en tant que crémière-fromagère à Paris durant 3 ans. Aujourd’hui à mon compte, j’écris et je communique sur le fromage et l’art culinaire en général.

9 thoughts on “Je suis malbouphobique

Et les marchés ? Agriculture raisonnée ou bio, producteurs locaux… c’est une solution. Proximité producteur-consommateur, conseils…

    Je ne dis pas qu’il n’y a pas de solutions, je dis que la malbouffe est omniprésente et ultra dominante :'(
    C’est ça qui me glace.
    C’est contraignant et bien moins simple de faire ses courses convenablement. Il faut presque ruser !

    Bisous ma minette

    J’ai de plus en plus de mal à faire confiance aux commerçants des marchés.

    Pour ma part j’avais l’habitude de toujours aller à la même étale de fruit et légume le samedi matin dans ma ville de moins de 10000 habitants.

    Mais voilà qu’un soir de semaine, je passe à l’enseigne Grand Frais pour quelques emplettes. Je vois le marchand de fruits et légumes du marche de ma ville vérifiant plein de carton avant de les charger dans sa camionnette…

Je trouve ton article très juste. Nous on fait des arômes naturels artisanalement on a déjà mauvaise presse au départ ^^

J’ai arrêté de consommer de la viande et du poisson pour ses mêmes raisons et je mange de moins en moins de trucs au final. Je tourne sur les mêmes choses mais au moins c’est simple et je sais ce que je mets dedans.

Peut-être qu’un jour nos cris seront entendus 😉

(Voilà peu ou prou ce que je pense sur le sujet, très bien exprimé.) Je te conseille Maison POS, 90 rue de Charonne. Y’a pas énormément-énormément de choix, mais c’est pour faire tourner vite les produits et donc en assurer la fraîcheur (régulièrement, à la fermeture, tout est réellement parti); ça vient directement des producteurs, et c’est bio ou non traité. Petit plus: la soupe du jour, un joyeux frichti des légumes invendus de la veille.

Je partage ton triste constat et du coup je suis très adepte de la ruche qui dit oui qui me permet d’approcher directement les producteurs + bio + local
pour ce que je ne trouve pas à la ruche, je passe du temps à découvrir les commerçants de quartier. mais c’est vrai que c’est souvent la roulette russe.

Bon Jour,
J’ai compris cela, assez tôt dans ma vie en tant que fille d’épiciers, comme cela se faisait il y a 50 ans, c’est à dire de produits des terroirs, dans les années 70, ils ont étés obligés de mettre la clef sous la porte, face aux grandes surfaces qui leur a pris leurs clients, à cette époque, les gens étaient émerveillés de la grande surface, avec ce quelle apportait , ils se servaient tout seul, passer du temps dans un univers glacé et éclairé, étaient contents, la machine se renverse quelque peu aujourd’hui, pas pour tous, qui apprécient encore la grande surface insipide, et pas chère, cela me fait bien rire…..

En ayant ce vécu plus mes recherches et mon travail j’ai décidé de créer mon univers, de goût, j’y ai crée mon métier, et un nom pour y mettre tout mon travail, je comprends plus que bien votre article, je fais aussi partie de ces gens qui n’ont pas du tout envie de donner mon argent à ces multinationales qui prônent l’agro alimentaire puissante,

Je viens de découvrir votre blog, avec l’article où vous quittez votre fromagerie, pour prendre du temps pour vous, et nous nous rejoignons aussi dans cette démarche, je vous souhaite beaucoup de bonheurs et d’Amours.

Je vous remercie et je vous souhaite une douce journée.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :